Livres de chevet

Couverture du livre la sagesse du potier

La sagesse du potier de Jean Girel, paru chez L’œil neuf éditions en 2004.

En tête de ma liste : une centaine de pages à lire et à relire. Il y a pléthore de livres sur la céramique l’abordant sous son aspect purement technique : aussi bien des méthodes et projets(cuculs)-à-faire-chez-soi pour les néophytes, que des exposés très pointus réservés aux professionnels. Ce petit livre est totalement hors catégorie : voici quelques réflexions fort inspirées autour du travail de la terre. Emerveillement garanti !

D'Argile et de feu d'Océane Madelaine, paru aux Editions des Busclats, 2015.

J'aime bien l'univers doux et poétique qui affleure les pièces de cette céramiste, et me suis laissée tenter par la découverte de son roman. Par opposition avec "Le Chat qui voyait rouge" où la céramique est réduite à un simple décor sur lequel on plaque une histoire à grosses ficelles (voir compte rendu ci-dessous), le ton "D'Argile et de feu" frappe par son authenticité. Il s'agit bien d'un roman avec deux histoires parallèles de femmes vivant à deux époques différentes, pour qui le travail de la terre devient vital. Mais au-delà des secrets familiaux et histoires d'amour qui émaillent le récit, la vraie richesse de ce texte est son volet qui ne peut être qu'autobiographique. J'ai rarement lu une si belle description du métier de céramiste, écrit de l'intérieur, avec une quête personnelle quasi chamanique dans le désir de s'unir aux éléments de la Nature pour donner un sens à sa vie. Ici, la terre permet littéralement de se donner forme : confirmation dans les dernières pages, d'une beauté bouleversante.

Couverture du livre Passagère du silence

Passagère du Silence de Fabienne Verdier, paru chez Albin Michel en 2003. Disponible chez Livre de Poche.

Fabienne Verdier, calligraphe, raconte ses déboires en Chine dans les années 80. Etudiante en Beaux-Arts, elle cherche un maître pour lui transmettre son art, vrai parcours de combattant pendant ces années de Révolution culturelle qui tente de gommer tout ce qui est Art séculaire. Elle arrive néanmoins à rencontrer la perle rare, et la deuxième partie du livre est consacrée à son apprentissage auprès de cet homme qui lui inculque surtout une façon de regarder et de ressentir, de donner un sens à son art. La lecture de ce document a transformé ma façon de débuter la journée : une ouverture aux petits gestes de la vie quotidienne comme mise en condition avant d’aborder la création.

Sources of Inspiration de Carolyn Genders, A&C Black, London, 2002.

D’où vient l’inspiration ? On aimerait bien le savoir ! Carolyn Genders passe en revue les déclics provoqués par des choses très diverses. Elle explique comment, à partir de ses observations face aux paysages, l’architecture, les plantes, les ombres et les reflets, ou les objets et constructions industrielles, elle extrapole des motifs et des formes. Son cahier d’inspirations nous est d’autant plus précieux que Carolyn Genders est elle-même céramiste. Le livre contient de très belles photos où les couleurs et les textures filtrées à travers son regard trouvent leur écho dans une « interprétation » céramique. C’est magnifique et limpide ! (Malheureusement, pas de traduction à ce jour.)

The Artist’s Way de Julia Cameron. Editions Jeremy P. Tarcher/Putnam, 2002.

Julia Cameron, auteur de théâtre et scénariste, est le guru du déblocage artistique. Sa méthode, créée initialement pour aider ses amis écrivains à dompter leur peur de la page blanche, est valable pour tous les artistes. Car créer, c’est avant tout un travail sur soi-même. Deux outils de base efficaces, puis de nombreux exercices, vous guideront sur votre chemin.

Des traductions de ses divers ouvrages sont parues en français :
Libérez votre créativité, paru en poche chez J’ai lu en 2007.
La source de la créativité, paru chez Octave Editions en 2010.

The Potter's Directory of Shape & Form de Neal French. Editions A & C Black, Londres, 1998.

Les mordus rêvent d'installer un tour chez eux afin de pouvoir tourner beaucoup plus souvent. Oui : mais tourner quoi? Les débutants produiront d'innombrables petites pièces simples et sympas, puis se rendront compte qu'ils ne progressent plus. C'est pour cela qu'il faut toujours viser un modèle. Si vous vous ennuyez seul dans votre coin-- soit sur votre tour chez vous ou dans un cours mal encadré-- ce livre sera l'étincelle qui vous sauvera. Ouvrez à la page des bols : tournez d'abord ce bol tout rond, puis la coupe bien évasée, et tentez votre chance avec ce bord un peu plié. Lorsque vous êtes capable de tourner aisément chaque bol distinctement en respectant les proportions sur l'image, essayez de tourner une série de chaque bol : aux mêmes dimensions et avec la même courbe à chaque fois. Vous voilà avec le geste précis et le regard affuté.

Paru chez Eyrolles, sous le titre Céramique: profils et création. Difficile à trouver, la "version française" étant épuisée. Mais ce qui vous intéresse dans ce livre, c'est sa collection de photos de formes et les esquisses de leurs profils. Le texte minime n'est pas essentiel, alors achetez sans hésiter la verion originale.

The Hare with Amber Eyes : A Hidden Inheritance d’Edmund de Waal, Vintage Books, 2011.

Céramiste britannique de renom, Edmund de Waal est le dernier dépositaire d’une collection de netsuke, conservée précieusement au sein de sa famille, malgré les nombreuses péripéties que cette puissante famille juive a pu connaître en traversant le XXème siècle : splendeur, revers de fortune et diverses migrations. Ce qui me touche le plus dans cette biographie primée, c’est sa sensibilité de céramiste. Sa façon de caresser et de respecter l’objet, de reconnaître la capacité des objets de témoigner d’une histoire, et de replacer tout cela dans le contexte de son travail de céramiste, où l’on doit s’attacher puis se détacher des objets créés afin de les laisser quitter l’atelier pour vivre d’autres histoires…

Paru en français chez Albin Michel en 2011. La mémoire retrouvée : L'incroyable destin de la collection Ephrussi. Traduction de Marina Boraso.

Zen and the Art of Pottery de Kenneth Beittel, Editions Weatherhill, 1989 et 2000.

Beittel est le énième potier complètement amoureux du style japonais : à la fois la façon d’être et les créations qui s’ensuivent. Il vit et respire la zenitude. Calqué sur la Bible de Leach, Beittel donne aussi des conseils pratiques, quelques indications pour d’éventuels cours… Cependant, le livre de Leach est publié en 1940 et celui-ci, presque cinquante ans plus tard ! J’inclus ce texte sur ma liste en tant que curiosité marrante, imprégnée d’une philosophie de vie charmante mais désuète. (Jamais traduit en français, épuisé en anglais. Collector !)

The Cat Who Saw Red de Lilian Jackson Braun. Jove Books, New York, 1986.
Paru en français chez 10/18, en 1993 et 2010. Le Chat qui voyait rouge.

Ce titre fait partie de la série Le Chat qui... où le protagoniste Jim Qwilleran arrive toujours à trouver le coupable grâce à la perspicacité de ses chats siamois Koko et Yum-Yum. Ces romans sont un peu trop gentils et "mignons" à mon goût. Mais cette fois-ci, l'histoire se déroule dans une vieille pension larguée à petaouchnok et son atelier attenant animé par un couple de potiers qui sont délicieusement louches. Ils annoncent qu'ils ont perdu leur chat "Raku" (bof pour le nom), puis présentent fièrement leurs nouvelles pièces émaillées d'un rouge vif. Peu après : un hurlement dans la nuit, et la potière a disparu. Son mari explique qu'elle "s'est faite mal quand ses cheveux ont été happés par le tour" (je prends une assurance demain!) et qu'elle se repose en Floride. Mais dorénavant, ses pièces à lui sont recouvertes d'un émail exceptionnellement rouge. Les authentiques céramistes parmi vous comprendront rapidement où tout cela nous mène : à la légende selon laquelle il faut du sang pour obtenir un rouge profond. Vous serez déçus par les descriptions pauvrettes du métier de potier, vaguement esquissées pour planter le décor... mais, bon, ce n'est pas si souvent que les potiers occupent le devant de la scène et jouent les méchants.